Avec sa chevelure blonde, reflet d’une bienveillance angélique, et ses lunettes devenues emblématiques, Sharon Heinrich pourrait presque passer inaperçue dans une pâtisserie parisienne. Et pourtant, derrière ce visage doux se cache l’une des figures les plus influentes de la scène sucrée internationale. À ses côtés, sa compagne Gali, partenaire de vie et de passion, forme avec elle un duo qui emmène la pâtisserie française bien au-delà des frontières hexagonales.
D’Israël à Paris : Un destin tracé par la passion de la pâtisserie
Le parcours de Sharon Heinrich en Israël était pourtant tout tracé. Diplômée en Psychologie-Criminologie et en Droit, elle occupait un poste prestigieux au sein du gouvernement israélien. C’est paradoxalement lors d’une période particulièrement éprouvante de sa vie en Israël que Sharon découvre sa vocation : “C’était un moment compliqué pour moi et pour apaiser mon cœur, j’ai commencé à pâtisser. C’était devenu ma thérapie », me confie-t-elle.
Cette passion thérapeutique puise ses racines dans l‘enfance, auprès de sa grand-mère hongroise qui cuisinait beaucoup : « elle faisait beaucoup de gâteaux ». Mais le vrai déclic survient lors de sa scolarité à l’école de l’Alliance en Israël, où elle apprend le français. Sa professeure d’histoire révolutionne sa vision du monde en lui faisant découvrir la culture française : elle apporte à ses élèves du camembert et des madeleines de son voyage en France, des produits alors totalement inconnus en Israël : « Elle a partagé avec nous et on a formé un petit groupe et on faisait des soirées de culture française en Israël. »

Dès l’âge de 14-15 ans, Sharon se passionne pour la culture française. Cette fascination grandit lorsqu’elle commence à explorer la pâtisserie et découvre, par ses lectures, qu’en France existe « une culture que nous, en Israël, on ne connaît pas ». Commence alors un rituel qui changera sa vie : « Tous les six mois, je prenais des jours de repos dans mon travail pour le gouvernement et j’allais à Paris. J’ai fait un atelier à l’école du Cordon Bleu et j’allais par curiosité au Salon du chocolat.«
Chaque retour en Israël renforce sa conviction : « J’ai senti que c’était ma place ici à Paris. Je devais être ici. » Après sept ans et demi de service gouvernemental, Sharon prend la décision la plus audacieuse de sa vie : « J’ai quitté mon travail pour réaliser mes rêves : la pâtisserie à Paris et faire des recherches sur la pâtisserie française. » Son objectif était déjà clair : faire connaître aux Israéliens la richesse de la pâtisserie française.
L’arrivée à Paris relève d’un conte : « J’ai pris une valise, comme dans les films, et je suis arrivée à Paris sans argent, sans famille, sans rien, pas de salaire, juste une valise ! » Mais Sharon a une mission : s’approprier la culture française et celle de la pâtisserie, interviewer les grands chefs, car elle était aussi journaliste pour Haaretz, le journal le plus reconnu d’Israël.
La naissance de « Paris chez Sharon » : Tout commence par un blog…
Arrivée à Paris, Sharon commence par travailler à l‘ambassade d’Israël pour obtenir ses papiers et un salaire permettant de subvenir à ses besoins. Mais ses après-midis sont consacrés à sa passion : « J’allais voir des pâtissiers, je tapais à leur porte pour faire connaître la pâtisserie française aux Israéliens via mon blog. »
La tâche n’est pas aisée. À cette époque, « Instagram n’existait pas encore, Facebook commençait tout juste, et les pâtissiers cuisinaient pour leurs clients proches, pas pour un pays lointain comme Israël ! »

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Ses débuts sont modestes : « Au début, il n’y avait que ma famille et quelques amis, j’ai eu 7 lecteurs, ma mère, mon frère, des amis qui s’intéressaient à mon blog », avoue-t-elle avec un sourire aux lèvres. Mais Sharon persévère, animée par une conviction profonde : elle écrit en hébreu des articles sur la pâtisserie française, créant « ces petites rubriques sur la pâtisserie française qui en apprenaient plus aux Israéliens sur la culture de la pâtisserie en France. »
Son site internet « ParischezSharon.com » devient rapidement bien plus qu’un simple blog : c’est une fenêtre ouverte sur un monde inconnu. Sharon documente chaque découverte, chaque rencontre, chaque savoir-faire avec une précision pointue et la passion d’une amoureuse de la pâtisserie. Elle relate tout ce savoir-faire de la pâtisserie sur son site et se rend compte qu’elle crée quelque chose d’inédit : « une communauté internationale qui s’était créée, plus de 187 pays qui la suivaient. »
Puis, un jour, elle rencontre un grand chef et tout bascule !
L’histoire de Sharon prend un tournant décisif lors d’une rencontre déterminante avec Pierre Hermé, 13 ans plus tôt. Sharon se rend à une séance de dédicaces dans une librairie du 16e arrondissement de Paris, bien décidée à décrocher une interview avec le maître pâtissier : « À cette époque, Pierre était moins ouvert qu’aujourd’hui. Imagine pour une étrangère comme moi qui arrive vers lui en lui parlant avec un français moyen de l’école, c’était compliqué », se souvient-elle.

Crédit photo : Paris Chez Sharon

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Grâce à l’aide de Vanessa, l’attachée de presse de l’époque de Pierre Hermé, et accompagnée de Martine, une amie de l’ambassade, Sharon obtient son interview : « Je lui ai toujours dit que c’était lui qui m’avait ouvert les plus importantes portes parce que dès que j’ai publié l’article, les autres chefs pâtissiers que j’ai sollcités en leur disant que j’avais interviewé Pierre, ils ne pouvaient pas refuser l’interview. »
L’impact est immédiat et révolutionnaire. Cette interview fait le buzz car Sharon est la première à faire connaître la pâtisserie française en Israël : les Israéliens découvrent un monde qu’ils ne connaissaient pas. Sharon réussit l’impensable : créer un marché qui n’existait pas là-bas. Le journal Haaretz la contacte pour écrire des articles sur la pâtisserie française, et elle écrit par la suite le premier guide en hébreu des meilleures pâtisseries et chocolateries de Paris, qui devient un best-seller et remporte même un prix international au salon du livre de Chine.

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Genèse des Pastry Tours : une révolution pour tourisme culinaire
Les Pastry Tours naissent des demandes croissantes des lecteurs, de plus en plus nombreux sur le site de Sharon, qui souhaitent découvrir Paris avec Sharon : « Les gens m’ont contactée en me disant : faites-nous découvrir ces endroits. J’ai alors compris que c’était exactement ce que je voulais faire : partager avec les autres, les accompagner dans les boutiques et leur expliquer l’histoire des pâtisseries et la culture française. »

Crédit photo : Paris Chez Sharon

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Ces circuits sont exclusivement privés et en groupe. Ils débutent toujours à Saint-Germain des prés, cœur battant contemporain de la pâtisserie haut de gamme, avant d’évoluer vers des quartiers plus contemporains selon le parcours des participants comme par exemple : chez Carl Marletti (Paris 5) ou encore Brigat ( Paris 9), Bulle boulangerie ( Paris 19), l’Equilibre ( Paris 15), Frappe ( Paris 11) ou encore les boutiques de Pierre Hermé. Sharon et Gali orchestrent tout de A à Z : recherches, itinéraires, réservations. Leur activité s’étend désormais au-delà de Paris, avec des excursions à Strasbourg, Lille ou en Alsace.
Leur approche va bien au-delà du tourisme sucré : « Nous recherchons aussi les petites familles artisanes qui créent des produits authentiques, dont le savoir-faire et les recettes sont héritées de génération en génération. Par exemple, les marrons glacés de chez Corsiglia et les confitures de chez Christine Ferber en Alsace. Sharon et Gali se rendent sur place, dans les manufactures pour voir la confection des produits afin de pouvoir retranscrire au mieux le travail qu’il y a derrière à leurs clients lors des pastry tours : “On fait une recherche aussi sur le sourcing des matières premières. » Cette approche authentique et respectueuse (elles paient toujours plein tarif partout où elles vont) leur permet de rester très objectives et de « supporter l’économie », de soutenir les artisans du goût.

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Sharon et Gali sont animées par une curiosité insatiable qui les pousse toujours plus loin dans leurs recherches : « On n’arrête pas d’apprendre des choses », explique Sharon. Cette soif d’apprendre les mène aux quatre coins du monde. Lors de leur voyage au Japon, par exemple, elles ont fait des heures de recherches pour dénicher des bonnes adresses de pâtisseries et s’acclimater à la culture et comprendre comment la pâtisserie française a influencé les Japonais. Cette minutie dans la recherche se traduit par un travail colossal qui passe par la recherche culturelle, la recherche historique et culinaire.
Le plus remarquable ? Elles font tout elles-mêmes : « On n’a pas d’assistants, on n’a pas de personnes qui travaillent pour nous. On fait tout seules. Les circuits culinaires, les articles, les photos, les vidéos, l’editing, les interviews avec les chefs, tout. » Cette approche artisanale garantit la qualité mais représente un vrai travail de fond tant les sollicitations sont nombreuses.
De zéro à 50 millions de vues : Comment Sharon a révolutionné Instagram
Parallèlement au développement des Pastry Tours, Sharon devient pionnière sur Instagram. Elle révolutionne également la communication digitale en étant l’une des précurseures du format vidéo sur Instagram : « Dès qu’Instagram a commencé à être plus important, j’ai fait une vidéo sur le Salon du chocolat. Personne n’avait fait jusqu’à présent de vidéo sur Instagram. C’était une application pour des photos, c’est tout. » Cette innovation lui vaut d’être repérée par le média « Insider », un groupe très influent à l’époque, qui partage sa vidéo et fait le buzz : 50 millions de vues.
« J’ai réalisé que ce qui captive vraiment les gens, ce n’est pas de voir une simple photo de mes circuits culinaires mais de découvrir les coulisses : comment naît une pâtisserie, quels sont les gestes du chef. » Fort de la relation de confiance instaurée avec les artisans pâtissiers, Sharon obtient un accès privilégié : « J’avais leur carte blanche pour entrer dans leurs laboratoires et filmer leur savoir-faire. Cette confiance qu’ils m’accordaient était précieuse. »

Cette démarche d’authenticité brute forge progressivement son univers visuel singulier : « L’ADN de notre compte Instagram résidait dans ces séquences captées sur le vif – filmées en immersion totale avec les chefs ou par nous-mêmes dans l’intimité des laboratoires. Cette spontanéité créative était totalement inédite sur les réseaux de l’époque. »
Cette philosophie visuelle pousse Sharon à peaufiner son empreinte esthétique si caractéristique : une signature immédiatement identifiable dans le milieu culinaire digital. Son talent réside dans cette capacité rare à saisir et sublimer l’essence du geste pâtissier : elle ne se contente pas de filmer, elle traduit visuellement l’âme de l’artisan, cette précision qui transforme la matière première en œuvre d’art éphémère.
Chaque image devient alors un pont émotionnel entre l’expertise du chef et la sensibilité du spectateur, révélant la poésie cachée derrière chaque mouvement, chaque texture, chaque transformation. Sharon réussit cette alchimie : faire ressentir la passion qui habite les mains créatrices.
Gali : Sa rencontre providentielle et son binôme entrepreunarial
Il y a sept ans, une rencontre va bouleverser le cours des choses. Gali, alors PDG d’une grande entreprise internationale, fait escale à Paris lors d’un voyage d’affaires vers le Maroc. En quête d’une activité parisienne, elle tape sa recherche sur Google : « Paris chez Sharon » apparaît en première position.
Gali porte en elle un rêve d’enfance inassouvi : devenir cheffe pâtissière : « J’ai commencé à faire des gâteaux à 5 ans. C’était vraiment mon rêve, mais en Israël, pâtissier n’était pas considéré comme un vrai métier. » En découvrant le blog de Sharon, elle est fascinée par les portraits de chefs-pâtissiers et chocolatiers. : « Cette femme que je connaissais à travers les magazines israéliens vivait maintenant à Paris. »

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Elle contacte Sharon pour réserver un pastry tour. Mais ce qui devait être une simple visite touristique se mue en coup de foudre. Le destin semble orchestrer cette rencontre : nées le même jour ( le 18 février ) et selon le même calendrier juif. Gali, qui devait rester trois jours, s’installe finalement à Paris pour 11 ans : « Après un an et demi d’allers-retours, j’ai définitivement aménagé ici. » Aujourd’hui, elles forment un duo complémentaire, développant ensemble l’univers « Paris chez Sharon » pour en faire une marque.
Des valeurs et une éthique inébranlables
Ce qui distingue la démarche de Sharon et Gali, c’est leur éthique irréprochable. « Nous avons construit, avec Gali,quelque chose d’unique parce qu’on garde notre éthique. On donne un sens à notre démarche. On expose et explique la culture française au monde entier. »
Dans le monde Instagram où la publicité et la monétisation règne en grand maître, Sharon fait figure d’exception : « Sur les réseaux, aujourd’hui, tu peux faire beaucoup d’argent, des pubs rémunérées, des choses comme ça, mais j’en fais aucune, ce n’est pas dans mes principes. » Avec près de 700 000 abonnés venant de 180 pays différents, elle pourrait facilement céder aux sirènes commerciales, mais elle reste fidèle à ses valeurs.
Elle privilégie les collaborations à forte valeur ajoutée et reste très sélective sur ses partenariats faits de manière réfléchie. Pour rien elle ne renierait ses principes, même pour de l’argent. Exemple : son refus des publicités Nutella : « Pour moi, faire une publicité pour du Nutella, ce n’est pas une valeur. Il faut donner une valeur à ce qu’on fait. »

Crédit photo : Paris Chez Sharon

Crédit photo : Paris Chez Sharon
À l’inverse, ses collaborations avec Pierre Hermé qu’elle a amené en Israël comme jury VIP d’une émission de pâtisserie ou ses deux créations élaborées en collaboration avec Nicolas Cloiseau de la Maison du chocolat, vendues en boutique pendant six mois, témoignent de cette approche : « On a créé ensemble une création, c’était un échange, c’était intéressant. »

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Cette éthique se traduit aussi dans son comportement quotidien : « Où que j’aille dans les pâtisseries ou quand je fais mes pastry tours, je ne demande pas de réduction, je paie tout. Je respecte chaque endroit, c’est-à-dire que je paie pour leur travail et comme ça, je reste aussi très objective dans mes avis. On supporte comme cela l’économie. »
Leur marketing ? Leur contenu même et cette authenticité qui transparaît dans tout leur travail, de leurs photos à leurs vidéos, en passant par leurs recettes partagées gratuitement « dans un esprit de partage pour que les lecteurs refassent la recette » comme par exemple son très gourmand crémeux au chocolat, son poppy seed cake, son shortbread amandes, caramel et noisettes aussi alléchants les uns que les autres.
Ce qui distingue également Sharon et Gali, c’est leur capacité unique à créer des ponts entre les chefs et le grand public, entre Paris et le monde entier, entre tradition et modernité. Leur relation avec les grands noms de la pâtisserie — Pierre Hermé, Cédric Grolet, Dominique Ansel ou encore Claire Heitzler est bâtie sur la confiance et le respect mutuel.
Elles sont partout où la pâtisserie innove mais surtout partout où elle émeut. Chaque article, chaque publication Instagram, est une lettre d’amour aux textures, aux saveurs, aux émotions véhiculées dans chaque création. Elles ne se contentent pas de montrer les gâteaux, elles les font vivre avec leur âme.
Une légitimité professionnelle qui transcende les réseaux
Le rayonnement de Sharon dépasse l’univers des réseaux sociaux et du tourisme culinaire. Son influence s’ancre désormais dans les sphères les plus exigeantes du milieu professionnel : elle siège comme jury au World Chocolate Master et intervient régulièrement à l’école hôtelière Ferrandi. Cette légitimité institutionnelle s’est construite naturellement : « Il m’arrive souvent d’être contactée pour être jury pâtisserie à Ferrandi lors des concours internationaux ».
Cette reconnaissance s’épanouit sur la scène internationale : « On fait toutes les expositions des pâtisseries, des chocolateries, des salons chocolat de Tokyo ». Les professionnels du secteur reconnaissent en elle une expertise authentique et vivante, forgée par des années d’immersion totale, d’observation minutieuse et de passion transmise.
Le symbole le plus éclatant de cette consécration institutionnelle demeure leur visite exceptionnelle à l’Élysée : « On est les seules à avoir reçu la permission d’entrer dans les cuisines de l’Élysée. » Un privilège rare qui consacre leur statut d’ambassadrices officieuses de l’excellence pâtissière française. Sharon a d’ailleurs immortalisé cette expérience unique sur son blog, révélant au grand public les arcanes du savoir-faire présidentiel et la méticulosité d’exception qui orchestrent chaque repas d’État.
La transmission : une mission au cœur de l’influence
Lorsque Sharon pénètre dans l’enceinte de Ferrandi, l’accueil témoigne de son impact générationnel : « Certains jeunes qui apprennent la pâtisserie me disent qu’ils me suivent sur Internet. Donc, ils sont très contents que je leur rende visite. C’est très sympa de discuter avec les nouvelles générations. »
Cette connexion spontanée avec les futurs maîtres pâtissiers révèle l’une des missions les plus précieuses de Paris chez Sharon : la transmission intergénérationnelle. À travers leurs contenus, Sharon et Gali créent un pont vivant entre l’héritage de la pâtisserie française traditionnelle et l’émergence des nouvelles générations d’artisans.

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Elles transcendent le simple rôle de documentaristes pour devenir des passeuses de savoir-faire et d’histoire. Chaque vidéo devient un laboratoire pédagogique, chaque rencontre avec un chef une masterclass accessible, chaque pastry tour une immersion culturelle dans l’art pâtissier français.
Paris chez Sharon s’impose ainsi comme un vecteur de diplomatie culinaire, où chaque contenu partagé contribue à perpétuer et enrichir l’héritage français auprès d’une communauté internationale de passionnés. Cette influence dépasse la simple popularité digitale pour s’ancrer dans une responsabilité culturelle : celle de maintenir vivante et attractive la tradition pâtissière française dans un monde globalisé.
L’authenticité de leur approche crée une émulation professionnelle : les jeunes pâtissiers découvrent leur futur métier à travers le regard passionné de Sharon, while les professionnels confirmés retrouvent, grâce à elle, la poésie de leur quotidien technique. Cette double reconnaissance – institutionnelle et générationnelle – fait de Paris chez Sharon bien plus qu’un compte Instagram : un phénomène de transmission culturelle à l’ère numérique.
Son regard sur l’avenir de la pâtisserie française
Sharon observe une évolution profonde qui traverse aujourd’hui l’univers pâtissier français : « On revient aux grands classiques, mais avec une nouvelle exigence : faire du classique très bon, sans colorants, sans glaçage, avec des ingrédients bruts et authentiques. »
Cette révolution silencieuse s’accompagne d’un engouement manifeste pour la viennoiserie, qui, selon elle, « prend de plus en plus de place ». Un phénomène révélateur d’une société en quête de repères gustatifs : « On sent que le public est à la recherche de repères, de goûts familiers, mais retravaillés avec raffinement. »
Pour Sharon, cette tendance dessine les contours d’une pâtisserie réinventée : « La pâtisserie de demain sera moins complexe, plus lisible, plus ancrée dans la tradition. » Elle illustre cette vision en évoquant le millefeuille de Maxime Frédéric : une revisite contemporaine épurée qui rend hommage à l’enfance tout en sublimant le geste pâtissier traditionnel.
Cette approche répond à un besoin émotionnel profond : « Les gens ont envie de raviver leurs souvenirs », explique-t-elle. « Ils recherchent quelque chose de rassurant, de classique dans les goûts, haut de gamme dans l’exécution, mais sans excès de sophistication.«

Crédit photo : Paris Chez Sharon
Cette évolution s’inscrit aussi dans une dynamique plus responsable :
« On revient à des pâtisseries plus naturelles, moins sucrées, pensées dans une logique de durabilité : recyclage des matières, réduction des déchets, choix des circuits courts. Une pâtisserie qui fait du bien, au corps comme à la planète.
Ce retour aux sources ne constitue pas une régression mais une réinvention créative. Les pâtissiers puisent dans la mémoire collective française pour créer une modernité authentique. Cette nostalgie créatrice devient un terrain d’innovation où la technicité contemporaine se met au service de saveurs intemporelles.
Sharon révèle ainsi une transition générationnelle : après des décennies de surenchère visuelle et technique, la pâtisserie française retrouve ses fondamentaux esthétiques et gustatifs.
Paris Chez Sharon : un rayonnement international sans précédent
Aujourd’hui, Paris chez Sharon est plus qu’un blog ou un compte Instagram : c’est un média d’influence gastronomique mondial. Sharon est régulièrement invitée dans des événements prestigieux, collabore avec des maisons de renom, accompagne des chefs dans leurs projets à l’étranger et toujours avec la même éthique guidée par la même passion et la même authenticité et bienveillance : « Aujourd’hui, les gens nous arrêtent dans la rue et nous disent on est venus à Paris grâce à vous.
Leur influence dépasse les frontières : « On a toujours aujourd’hui des visiteurs qui arrivent des États-Unis, d’Australie, de Dubaï, du Japon, d’Inde. » Elles travaillent sur le développement international, explorant comment la pâtisserie française a inspiré d’autres cultures, comme au Japon où elles recherchent ce qui inspire les japonais dans la pâtisserie française.

Crédit photo : Paris Chez Sharon
En redonnant du sens à la narration, en mettant en lumière les artisans avec sincérité, Sharon et Gali ont redéfini le rôle du journaliste gastronomique moderne : à la fois passeuses d’histoires, éclaireuses de talents et créatrices de lien. Elles ont construit quelque chose d’unique, gardant une éthique très forte et donnant un sens à leur travail.
« Je crois que j’ai créé un monde qui n’existait pas. Une signature, une identité« , conclut Sharon. Et cette signature, reconnaissable entre mille, continue de faire rayonner la pâtisserie française aux quatre coins du monde, avec passion et authenticité.
28 janvier 2026 : La consécration de Sharon et Gali à l’Hôtel de Ville de Paris
Ce mercredi 28 janvier 2026, dans l’une des salles majestueuses de l’Hôtel de Ville de Paris, sous les hauts plafonds ornés et les lustres scintillants, Sharon et Gali se tiennent là, entourées de ceux qui ont cru en elles depuis le début. Les grands chefs pâtissiers sont présents, leurs proches aussi et surtout, fidèle comme au premier jour, Pierre Hermé, celui qui a tout changé, leur ange gardien qui les accompagne encore une fois dans ce moment de grâce.
Dehors, ilpleut à verse. Mais qu’importe la pluie ? Car à l’intérieur, deux soleils brillent d’une belle intensité. Sharon et Gali rayonnent. Leur lumière est si pure, si sincère, qu’elle réchauffe tous les cœurs présents. Face à nous, ces deux femmes incarnent ces quelques rayons de soleil qui suffisent à chasser toute l’obscurité du monde.
Anne Hidalgo s’avance. Dans son discours, il y a quelque chose qui va au-delà du protocole, au-delà des formules convenues. Elle parle avec le cœur : « Voilà, deux êtres qui nous sont chers et à qui Paris doit beaucoup. »
Ses mots résonnent dans le silence attentif de l’assemblée : « Ce soir, cette médaille va être remise à Sharon et Gali. C’est assez rare de remettre une médaille à deux personnes, mais en même temps, elles ne sont pas vraiment dissociables. » Et puis, cette phrase qui résume ce qu’elles sont : « Vous êtes un remède à l’animosité ambiante. »

Crédit photo : Guillaume Bontemps
Un remède, c’est exactement ce qu’elles sont. Dans un monde qui se divise, qui se déchire, qui oublie parfois la beauté du partage, Sharon et Gali ont choisi de construire des ponts. Elles ont choisi la bienveillance comme arme, la transmission comme mission, l’amour comme moteur.
Anne Hidalgo insiste aussi sur le fait qu’elles soient deux femmes pour faire rayonner la France : « Le fait que vous soyez des femmes est pour moi aussi très important ».
Elle poursuit : « Au nom de Paris, je vous remets cette médaille de Vermeil de la ville de Paris, en signe de l’amour de Paris et surtout du rayonnement que vous permettez aussi à notre ville. Merci à vous. »
Les applaudissements fusent dans la salle. Mais le plus beau moment reste à venir.
Sharon s’avance. Elle a préparé un discours en français. Un français maîtrisé, certes, mais surtout un français empli d’émotion, de reconnaissance, de poésie.Quoi de mieux, après tout, pour rendre hommage à un pays qui vous a tout donné, que de lui parler dans sa propre langue, avec tout ce qu’elle porte de tendresse et de pudeur ? « Il y a quinze ans et demi, je suis arrivée à Paris avec une valise et un rêve. » Ses premiers mots posent déjà tout le décor. On la voit, cette jeune femme seule, débarquant dans une ville inconnue, le cœur battant, les mains tremblantes, mais l’âme inébranlable.
« J’ai atterri dans cette ville au milieu du mois d’août. Je me suis présentée à mon premier jour de travail à l’Ambassade d’Israël, le 15 août. Vous imaginez à quel point j’étais novice. Les gardiennes à l’entrée me disent “Madame, aujourd’hui c’est un jour férié, vous vous trompez”. » Elle ajoute : « C’était ma première rencontre avec le saint des saints des jours fériés. Je n’avais pas encore d’appartement où vivre, je n’avais pas encore de lit pour dormir, mais je savais que je réalisais mon rêve. »

Crédit photo : Guillaume Bontemps
Un sourire traverse l’assemblée. Ce détail, si petit en apparence, raconte tout : l’innocence, la naïveté, mais aussi cette détermination qui ne connaît pas les obstacles.
Sharon rit d’elle-même et dans ce rire, il y a toute l’humanité du monde.
« Le virus de l’amour pour la langue française et pour Paris, je l’ai attrapé dans mon enfance à Haifa, à l’école l’Alliance. La langue me semblait comme une chanson qui ne finit jamais. Et la culture française que notre professeur nous faisait découvrir me paraissait riche et magique comme dans des films. » Puis, sa voix se casse légèrement. Imperceptiblement. Mais on le sent.
« Ma mère m’a donné des ailes pour voler, une maison chaleureuse et réconfortante. Et surtout, ce sentiment que pour réussir, il faut essayer. Malheureusement, elle nous a quittés, mais elle est toujours avec moi, dans mon cœur, même ici, pendant cette émouvante cérémonie. »
Comment ne pas être ému ? Comment ne pas sentir la présence invisible de cette mère qui a transmis tant de force, tant d’audace, tant d’amour ? De là où elle repose, elle doit certainement voir sa fille recevoir cette médaille et elle doit être si fière.Sharon raconte ensuite ses débuts, ces après-midis passés à frapper aux portes des pâtissiers, à une époque où Instagram n’existait même pas : « Au début, les chefs pâtissiers et chocolatiers ne comprenaient pas vraiment ce que je voulais d’eux mais moi, je le savais. Je sentais qu’il y avait tout un univers de création, d’art, de design, toute une culture que le monde ne connaissait pas encore assez.
J’ai commencé à écrire sur l’univers de la pâtisserie et de la chocolaterie française dans un petit blog appelé « Paris chez Sharon ». J’écrivais sur mes rencontres émouvantes avec des chefs pâtissiers et chocolatiers, sur des magnifiques boutiques de douceurs, sur des nouvelles collections, sur des matières premières locales.
Au début, j’avais sept lecteurs par jour. Ma mère, mon frère, qui est ici aujourd’hui, et quelques amis que j’avais obligés à m’aider. »Les rires fusent. Sept lecteurs et aujourd’hui, ils sont des centaines de milliers, dans 180 pays. Une belle leçon d’humilité et de persévérance !

Crédit photo : Guillaume Bontemps
Puis, Sharon rend hommage à Pierre Hermé et ses mots sont teintés d’émotion :« L’une de mes premières rencontres dans le domaine, à la Maison Hermé, avec Martine, ma collègue de l’ambassade, pour qu’elle puisse parler en mon nom, quand je ne trouverai pas les mots.
Après tout, j’ai rencontré pour la première fois le dieu du domaine, qui me fascinait tant. Je ne sais pas si Pierre le sait, mais cette rencontre a été l’une des plus importantes de ma vie. Sans le savoir, Pierre m’a ouvert de nombreuses portes.
Car si le Picasso du monde de la pâtisserie acceptait de me rencontrer, qui me dirait non ?
Merci, Pierre, pour tout ce que tu as fait pour moi, puis par la suite, pour nous deux, tout au long de ces années. Merci pour ton amitié. » Pierre Hermé, à leur côté, sourit. On voit dans ses yeux toute l’affection qu’il porte à ces deux femmes extraordinaires.
Sharon évoque ensuite la naissance des Pastry Tours, sa rencontre avec l’amour de sa vie : Gali et poursuit :« Nous sommes fiers d’être des ambassadrices de la pâtisserie française et de Paris dans le monde entier. Et nous considérons notre travail comme un pont qui réunit les gens, les pays, les cultures, surtout en ces périodes difficiles que nous vivons ces dernières années. »
« Ce n’est pas toujours facile d’être étrangère à Paris », confie-t-elle alors avec sa franchise naturelle.
« Mais nous, nous avons eu de la chance. Nous nous sommes trouvées l’une et l’autre. Nous avons des collègues merveilleux. Nous avons l’amour des gens. Et surtout, nous avons pu réaliser nos rêves dans la plus belle ville du monde. Et nous le célébrons aujourd’hui avec vous. »

Crédit photo : Guillaume Bontemps
J’ai trouvé le discours de Sharon profondément sincère et touchant. Il y avait dans sa voix, dans ses mots, dans ses silences, une vérité qui ne trompe pas. Elle n’a rien enjolivé. Elle a simplement raconté son histoire, avec ses doutes, ses peurs, ses victoires, ses deuils. Elle a rendu hommage à chaque main tendue, à chaque porte ouverte, à chaque personne qui a cru en elle quand personne d’autre n’y croyait.
Pierre Hermé prend alors la parole ému :« Je suis très heureux que le français ait été décoré par Sharon et Gali parce que je les considère comme des ambassadrices de la pâtisserie française et de la gastronomie française à travers le monde. Et merci à vous deux de faire briller Paris comme ça. »
Il évoque aussi le dossier en cours au ministère de la Culture pour faire reconnaître le savoir-faire de la pâtisserie au patrimoine immatériel français. Un projet d’envergure, qui témoigne de l’importance croissante de la pâtisserie à travers le monde.

Crédit photo : Guillaume Bontemps
Ce qui m’a le plus marqué dans cette cérémonie, au-delà de la solennité et de l’émotion, c’est la justesse du discours. Rien n’était en trop, rien n’était joué. Tout semblait à sa place, comme si ce moment avait attendu Sharon et Gali autant qu’elles l’avaient attendu.
J’ai ressenti que cette médaille ne venait pas couronner une réussite au sens classique du terme, mais un chemin. Un chemin fait de lenteur, de patience, de rencontres, d’échecs parfois et surtout de fidélité à soi-même.
Il y a aussi quelque chose de profondément inspirant dans leur manière d’exister ensemble. Leur duo ne gomme pas les individualités, il les amplifie. Elles ne se partagent pas la lumière : elles la multiplient.
À mes yeux, c’est peut-être là leur plus grande force et aussi leur plus beau message : réussir sans s’effacer, avancer sans écraser, briller sans aveugler.

Le discours de Sharon m’a touché par sa vulnérabilité assumée. Elle n’a pas cherché à être héroïque. Elle a accepté de montrer ses fragilités, ses maladresses, ses manques. Et paradoxalement, c’est précisément cela qui les rend fortes ensemble.
Ce jour-là, sous la pluie battante, deux soleils ont illuminé Paris.
Sharon et Gali ont reçu bien plus qu’une médaille : elles ont reçu la reconnaissance d’une ville entière, d’un pays, d’une communauté de passionnés.
Elles qui sont arrivées avec une valise et un rêve ont bâti un empire de douceur, de bienveillance et de transmission.